Château de Vittel

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 [RP] Qu'Ibère gagne ...

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Ezequiel.A.Joaquin
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MessageSujet: [RP] Qu'Ibère gagne ...    Lun 2 Juil - 19:01

Citation :
De Ezequiel Alejandro Joaquin d’Avila de los Caballeros

Para Su Gracia Jade de Sparte,
Duquesa de Pompey, Vittel y Blâmont,
Dama de Autrey-lès-Gray, Baccarat y Châtenois,
Portavoz del Sacro Imperio Romano Germánico

Su Gracia,

Je me nomme Ezequiel Alejandro Joaquin d’Avila, et je crois savoir que vous avez eu dernièrement connaissance de mon existence. Celui qui se trouve être mon père m’a indiqué devoir vous contacter, lui-même n’étant pas, pour l’heure… disponible.

Il m’a confié que vous m’accueilleriez en votre domaine quelque temps, afin que je puisse m’établir quelque peu dans ces terres qui seront bientôt les miennes, puesto que mon destin semble être de vivre en Imperio, maintenant, aunque no lo conozca.

L’on m’a vanté votre grande beauté, aussi mon impatience se joint à mon infinie reconnaissance, et à ma hâte de rencontrer enfin celle qu’on dit jusqu’ici être aussi enivrante que divine.

J’attendrai vos consignes avant que de faire quoi que cela soit ; mes affaires sont quasiment toutes réglées ici, et les obsèques de feue mi madre, accomplies depuis quelque temps déjà.

Je n’attends que vous, donc, pour savoir quoi faire, et quand. Je ferai seller monture dès lors que j’aurai reçu un pli de réponse. D’ici là, je tenterai d’apprendre davantage votre langue, afin de ne pas faire pâle figure… A vrai dire, je gage qu’à côté de vous, quiconque semblerait bien fade, en tous les cas.

Je vous prie de croire, Su Deliciosa Gracia, en l’expression de mes hommages les plus respectueux.

Votre obligé,


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Jade
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MessageSujet: Re: [RP] Qu'Ibère gagne ...    Mar 3 Juil - 0:16

Romain lui avait apporté une missive, certes, elle l'attendait mais le contenu la surprit. Il semblait que son ami l'avait hautement vantée pour obtenir tant de compliments ou que le jeune homme cherchait à se faire avantageusement apprécier par la Duchesse. Prenant sa plume, la Duchesse répondit

Citation :
De Nous, Jade de Sparte,
Duchesse de Pompey, Vittel et Blâmont,
Dame de Autrey-lès-Gray, Baccarat et Châtenois,
Porte-Parole Impériale

À Vous, Ezequiel Alejandro Joaquin d’Avila de los Caballeros

Señor

Ha recibido su carta que esperamos. Confirmamos nuestra voluntad de darle la bienvenida a nuestra tierra en relación con nuestra gran amistad con su padre.

Vous pouvez, sans hésitation, vous mettre en route. Vous serez accueilli avec égard et courtoisie. D'après le contenu de votre missive, vous semblez déjà fort bien manier ma langue maternelle, suffisamment à ce qu'en juge pour vous permettre d'être flatteur envers ma personne.

Permettez que je m'informe de la date de votre arrivée afin de tout faire préparer pour votre venue. Puis-je également abuser en vous demandant une faveur ? Il me sierait que vous apportiez certaines denrées de votre pays, surtout un jamón ibérico y un vino tinto !

Il me tarde de faire votre connaissance Señor, que votre route soit sûre et que le Très-Haut vous protège.

Tener cuidado
El placer de su compañía



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Ezequiel.A.Joaquin
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MessageSujet: Re: [RP] Qu'Ibère gagne ...    Mar 3 Juil - 7:14

Un pli reçu, un sourire enchanté aux lèvres de l'Ibère, et la plume d'oie, élégante et bouffante, de griffer à nouveau un vélin :


Citation :
De Ezequiel Alejandro Joaquin d’Avila de los Caballeros

Para Su Gracia Jade de Sparte,
Duquesa de Pompey, Vittel y Blâmont,
Dama de Autrey-lès-Gray, Baccarat y Châtenois,
Portavoz del Sacro Imperio Romano Germánico



Su Maravillosa Gracia,

Fui tan feliz a la recepción de su carta que no pude abstenerme de sonreír como un niño maravillado… ¡ Usted habla español, cual felicidad! Estoy seguro que su talento es tan grande… como su belleza.

Merci infiniment d’avoir pris le temps de coucher ces quelques mots dans ma langue maternelle, je prends cela comme un gage de ce que vous êtes aussi aimable et douce que votre réputation l’entendait.

A votre requête, je ne vois qu’une chose à vous répondre, Su Deliciosa Gracia :


"Je viendrai à vous les bras chargés de trésors
Des abîmes obscurs aux limbes de lumière.
Et avec de l’esprit la subtile matière,
Nous irons bâtissant, tel un jardin des sorts,

Le labyrinthe de notre quête idéale.
Et pour finir, frileusement nous descendrons
Par un chemin boisé parsemé de chardons
Vers les gouffres où toute beauté est fatale,

Ainsi qu’en un palais vaste et voluptueux.
Mais à présent, ô mon hôte, lecteur studieux,
Hésite un instant, s’il te plaît, à pénétrer

En ces lieux où parfois, au hasard de la route,
Le regard miroitant, tu pourrais rencontrer
Un spectre familier qui t’observe…, à l’écoute."*


Nul spectre, bien sûr je l’espère, au doux moment de partager votre compagnie, sinon peut-être la bienveillance maternelle qui, du haut du scintillant Paradis Solaire, encouragera sans doute le chevalier que je suis dans sa nouvelle aventure, bien qu’elle se déroulât loin des terres familiales.

Je suis un homme de combat, un duelliste, un soldat ; je ne sais comme se voient, en Empire, l’honneur et ses lois... J’ai appris à être fier sans être hautain, à partager le port altier de mon minorquin, l’élégance et la force équine de mes contrées… Comment est-ce, dites, l’Empire ?

Je prendrai la route bien vite; demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, je partirai. J’irai par la forêt, j’irai par la montagne**… Je serai sur vos terres rapidement, je l’espère. Marqués trépigne d’avance, et des quatre fers, de fouler les chemins de poussière d’un sabot preste et puissant. Certains de mes gens suivront à quelque distance avec mes malles. Ils logeront à l’auberge, évidemment, à moins que vous ne souhaitiez en faire usage ; les femmes sont habiles à la couture et aux services, les hommes forts et ingénieux aux travaux de toutes sortes.

Quelques jours encor’, et je serai auprès de vous. Je ne souhaite pas être une charge, et vous serai utile, autant que faire se pourra, et autant que Su Deliciosa Gracia le désirera; je suis, par déjà et à jamais,

Votre obligé,



*Joel Gissy, Recueil Noctifer, « Ouverture ».
** Double allusion à Victor Hugo, « Demain, dès l’aube… »



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Jade
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MessageSujet: Re: [RP] Qu'Ibère gagne ...    Mar 3 Juil - 21:12

Le vélin suivant l’étonna encore plus que le premier. Son père avait parlé de lui comme d’un homme d’armes et la Duchesse ne s’attendait pas à y trouver un esprit brillant et littéraire. Les deux n’étaient aucunement contradictoire, bien que rare, Lisandru en était pourtant un exemple concret, l’âme d’un poète romantique bien que capable d’une droiture exemplaire et de sang-froid lorsqu’il avait une épée au fourreau. Elle ne connaissait pas du tout Ezequiel, ni sa mère d’ailleurs, mais l’impression qui se dégageait de ses missives lui étaient favorables. S’assoyant à son cabinet de travail, plume en main, la réponse fut rédigée prestement.

Citation :
De Nous, Jade de Sparte,
Duchesse de Pompey, Vittel et Blâmont,
Dame de Autrey-lès-Gray, Baccarat et Châtenois,
Porte-Parole Impériale

À Vous, Ezequiel Alejandro Joaquin d’Avila de los Caballeros

Señor

L’honneur se meurt… trop souvent, et ce, partout en nostre monde. Le sens du devoir, les conduites irréprochables sont que par trop délaissées au profit des duperies de gens sans classe et dont leur comportement témoigne de leur bassesse et leur étroitesse d’esprit ! Il demeure néanmoins, des personnes droites et fières qui prônent des vertus plus chevaleresques et dignes de notre foy. J’espère que vous trouverez accueil qui vous le prouvera en ma demeure.

Ménagez néanmoins vostre monture sur la route et faites, je vous en prie, preuve de prudence dans vos déplacements, demeurant éloigné des brigands et autre racaille. Une chambre vous attendra à vostre arrivée, aucune crainte de cela. Pour vos gens, ma maisonnée est généreusement pourvue, je vous remercie de vostre offre mais ils seront logés dans l’aile des domestiques pour pouvoir veiller à vostre confort et bien-être.

Ayant noté, vostre goût de la littérature, je me permets d’oser vous remettre une poésie en vostre langue dont j’ai eu la chance d’apprécier la lecture * et qui, je l'espère, saura agrémenter vos soirées de repos pendant vostre voyage.

Citation :
No conseguirá nunca
tu lanza
herir el horizonte.
La montaña
es un escudo
que lo guarda.

No sueñes con la sangre de la luna
y descansa.
Pero deja, camino,
que mis plantas
exploren la caricia
de la rociada.

¡Quiromántico enorme!
¿Conocerás las almas
por el débil tatuaje
que olvidan en tu espalda?
Si eres Flammarión
de las pisadas,
¡cómo debes amar
a los asnos que pasan
acariciando con ternura humilde
tu carne desgarrada!
Ellos solos meditan dónde puede
llegar tu enorme lanza.
Ellos solos, que son
los Budas de la Fauna,
cuando viejos y heridos deletrean
tu libro sin palabras.

¡Cuánta melancolía
tienes entre las casas
del poblado!
¡Qué clara
es tu virtud! Aguantas
cuatro carros dormidos,
dos acacias,
y un pozo del antaño
que no tiene agua.

Dando vueltas al mundo,
no encontrarás posada.
No tendrás camposanto
ni mortaja,
ni el aire del amor renovará
tu sustancia.

Pero sal de los campos
y en la negra distancia
de lo eterno, si tallas
la sombra con tu lima
blanca, ¡oh camino!
¡pasarás por el puente
de Santa Clara!

Que le Très-Haut veille sur vous !



* El Camino de Federico García Lorca

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Ezequiel.A.Joaquin
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MessageSujet: Re: [RP] Qu'Ibère gagne ...    Lun 9 Juil - 1:05

Citation :
De Ezequiel Alejandro Joaquin d’Avila de los Caballeros

Para Su Gracia Jade de Sparte,
Duquesa de Pompey, Vittel y Blâmont,
Dama de Autrey-lès-Gray, Baccarat y Châtenois,
Portavoz del Sacro Imperio Romano Germánico



Su Maravillosa Gracia,

Nous bivouaquons ce soir, comme depuis plusieurs nuits déjà ; je me suis esseulé, pour vous répondre. J’entends les hommes et leurs rires gras, les femmes coucher les jeunes enfants tout juste assez âgés pour être du voyage ; comprenez par là les jeunes écuyers et les petites servantes qui nous accompagnent. Quelques chiens sont là qui assistent les éclaireurs et les pisteurs et qui piaffent à quelques mètres contre quelque lapin de garenne ou bien quelque caille ou perdrix…

Et me voilà, moi, éclairé à la bougie, qui lis, lis, et relis vos plis, dessine du regard les arabesques délicates que votre plume a formées sur le vélin. Je suis troublé, presque, d’avoir créé ce lien avec vous ; n’est-ce pas idiot, ma Gracieuse vous, de sentir une sorte de – oserais-je l’écrire, à défaut d’autre mot plus éloquent ? – d’intimité entre nos plumes ? Je ressens le besoin de parcourir vos missives à toute heure de la journée, fus-je même en selle ; c’est étrange, vous écrire aussi m’est impérieux…

Croyez-vous qu’il est normal de pressentir pareilles choses, lors même que je ne vous ai encore rencontrée ? Mais je divague, sans doute ; la lune et la nuit se jouent peut-être de moi, à me plonger dans des songes sans réponses ; vous savez, de ces questions-là qui nous tiennent éveillés, vainement, puisque nous ne savons y apporter les clés… Quand bien même… Lire vos mots m’a fait songer à un poème qu’il m’a été donné de lire, il y a de cela de longues années… Permettez-moi de le retranscrire, pour vous le faire partager.

« En su llama mortal la luz te envuelve.
Absorta, pálida doliente, así situada
contra las viejas hélices del crepúsculo
que en torno a ti da vueltas.

Muda, mi amiga,
sola en lo solitario de esta hora de muertes
y llena de las vidas del fuego,
pura heredera del día destruido.

Del sol cae un racimo en tu vestido oscuro.
De la noche las grandes raíces
crecen de súbito desde tu alma,
y a lo exterior regresan las cosas en ti ocultas,
de modo que un pueblo pálido y azul
de ti recién nacido se alimenta.

Oh grandiosa y fecunda y magnética esclava
del círculo que en negro y dorado sucede:
erguida, trata y logra una creación tan viva
que sucumben sus flores, y llena es de tristeza. »*

Quant à l’honneur et aux bassesses, un mot me revient, quel était-il, déjà ? Ah, oui : «Al noble su sangre avisa.» - «Un noble doit trouver sa leçon dans son cœur.». Certains, sans doute trouvent leur leçon dans la mesquinerie et la fourberie ; il appartient à un autre, de leur faire entendre une autre leçon, pleine de vertu, et d’impitoyable droiture.

J’ai grande hâte d’arriver enfin, et de deviser avec vous, néanmoins, je vous l’avoue : dussè-je être témoin des bassesses et de l’étroitesse d’esprit que vous mentionnez dans votre lettre, que cela finirait en lice, dans un duel d’honneur. Je ne saurai tolérer la moindre offense envers vous.

N’ayez crainte, nous sommes prudents, bien que je fasse tenir un rythme soutenu à nos montures, afin que nous ne perdions pas de temps. Quant aux éventuels marauds, ils seraient bien sots de tenter de nous attaquer : nous les rosserions sans aucune pitié, alors.

D’ici nos prochains échanges, portez-vous au mieux, et recevez, je vous prie, mes plus respectueux hommages.

Le Très-Haut vous garde.

Votre obligé,



*Pablo Neruda.
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MessageSujet: Re: [RP] Qu'Ibère gagne ...    Lun 9 Juil - 2:20

Elle s’attendait à des missives de son futur invité mais encore une fois, le contenu l’étonna. Il maniait la plume avec brio, Jade l’avait remarqué, toutefois, dans sa description des lieux, elle parvenait à l’imaginer tant c’était clair, précis, vif. Mais il lisait et relisait ses lettres, un besoin impérieux de lui écrire, se disait troublé

Oh mon Dieu !

L’exclamation était sortie vivement. L’Espagnol succombait-il à son charme après 2 lettres courtoises ? Le vélin tomba par terre et la Duchesse se leva de son bureau, marchant vivement dans la pièce. La peur s’était emparée de la rousse. Car c’était bien ce qu’elle éprouvait en lisant ses mots, elle ressentait qu’il éprouvait une émotion, elle devinait entre les lignes. Un regard posé sur le parchemin à ses pieds, la curiosité la dévorait, se penchant pour prendre la lettre, la lecture reprit. L’émoi ne la lâcha pas pour autant et bien que, certaines fluctuations féminines pouvaient expliquer la sensibilité extrême qui affectait parfois la flamboyante jeune femme, celle-ci se trouvait exacerbée par cette lettre.

Edouard lui avait dit qu’elle ne s’ouvrait pas suffisamment, il la connaissait bien, trop bien. Elle suivrait donc son conseil et sa missive prit une tournure inhabituelle, sans retenue.



Citation :
De Nous, Jade de Sparte,

À Vous, Ezequiel Alejandro Joaquin d’Avila de los Caballeros

Señor

Je vous écris, encore sous l’émotion palpable qui m’habite après la lecture de vostre lettre. Seriez-vous donc sorcier pour lire en moi si distinctivement ? Il me semble que chaque lettre, chaque mot, chaque pensée soit dite comme si vous connaissiez mon âme !

Êtes-vous poète ou chevalier ? Il me semble les deux à la fois ! Sans me connaître, vous vous offrez à défendre mon honneur. Messire ! vostre droiture vous honore et vous faites sûrement la joie et la fierté de vostre père. Je ne saurais dire à quel point la lecture de vostre vélin m’a bouleversée.

Je vous en prie, parlez-moi davantage de vostre voyage, mais aussi de vous, de vostre enfance. Je ferai de même et débuterai en vous parlant de la demeure où vous séjournerez ; le Duc de Vittel est un bambin adorable de 3 années, mon fils Maximilien, qui en a hérité après la mort tragique de son père, feu mon époux Flavien, assassiné sous mes yeux horrifiés. J’ai eu le bonheur de donner vie à une magnifique petite fille maintenant âgée de 2 ans, Mathilde, qui, du fait que je la portais en mon sein lors du tragique accident, m’a gardée en vie alors que la mort de mon époux m’avait détruite. Je m’arrête ici pour l’instant, je crains de surcharger ce pauvre volatile qui doit faire longue route pour vous rejoindre.

Dans l’expectative de vostre prochaine missive,

Que le Très-Haut veille sur vous !


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Ezequiel.A.Joaquin
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MessageSujet: Re: [RP] Qu'Ibère gagne ...    Mar 10 Juil - 0:28

Les heures qui avaient suivi l’expédition de sa lettre précédente avaient vu survenir un incident fâcheux entre l’un des écuyers et l’un des hommes au service de l’Ibère. Une erreur d’itinéraire les avait contraints à revenir sur leurs pas, leur faisant par là-même à tous perdre une journée de voyage, la faute à une carte sans doute pas assez récente. Il était trop tard, en ce début d’après midi, pour prendre un nouveau – et le bon – chemin, les cartes n’indiquant aucun espace leur permettant de se reposer quand le crépuscule viendrait. Une nuit de plus serait ainsi passée à tenir campement ; léger contretemps qu’ils rattraperaient sans doute au cours du voyage. Contrarié, car il s’agissait-là d’une journée de plus l’éloignant de cette jeune femme qu’il brûlait de rencontrer, le Castillan s’était résolu à être raisonnable et prudent, pour tenir sa promesse et son engagement envers elle de faire attention lors du trajet.

Alors que l’Espagnol faisait le tour du bivouac pour surveiller la bonne marche des différentes installations, il avait donc surpris l’un de ses hommes à vilipender un apprenti écuyer, le rendant responsable de sa propre erreur d’éclairage, pour se dédouaner et éviter une éventuelle sanction de son maître qui, d’ailleurs, acceptait pourtant les erreurs, surtout si, comme cette fois, elles étaient exceptionnelles. Le domestique en question n’était entré à son service que récemment ; il avait fallu remplacer un blessé au pied levé, et, ne trouvant pas mieux, l’Hispanique avait dû se résoudre à le prendre en gages, respectant ainsi l’adage voulant que faute de grives, on mange des merles.

Au fait de ses équipes et de son service, ayant reconnu l’individu en question, Ezequiel s’approchait déjà des deux protagonistes quand l’homme avait attrapé le gamin au col, ajoutant à la raillerie une gifle magistralement puissante. Tendu, furieux, Ezequiel saisit bientôt la rampe du domestique violent, la poigne plus autoritaire et plus vigoureuse que l’assaillant de ce qu’il était résolu à ne pas laisser agir cet individu de la sorte. Un sévère et ferme « Il suffit. Lâchez-le.» avait accompagné son geste, le regard fixé à celui, bovin, de son adversaire. S’en était suivie une rixe, l’énergumène, apparemment sévèrement aviné, n’acceptant que difficilement d’être maîtrisé devant les autres domestiques qui, du reste, avaient accouru pour assister leur maître. Parant de son avant-bras une tentative du bougre de frapper de son coude le visage du d'Avila, ce dernier, aguerri au combat, le mit rapidement hors d’état de nuire et, après l’avoir fait mettre aux fers, avait ébouriffé les cheveux du gamin, et appelé celui-là auprès de lui.

La nuit était bien engagée déjà ; après avoir donné l’une de ses cartes flambant neuves à l’écuyer en herbe, lui avoir expliqué son fonctionnement, puis, chemin faisant, les techniques de fauconnerie de haut vol et de poing avec la promesse d’essayer dès le lendemain sur la route, le gamin s’était endormi contre son bras, comme ils s’étaient assis devant la tente. N’osant d’abord pas bouger, il le regarda longtemps, un sourire attendri aux lèvres, puis le porta jusqu’à sa propre couche ; lui, pourrait dormir à l’extérieur. Il s’installait, yeux rivés aux étoiles, rêveur, dessinant du regard les armoiries apposées sur ces parchemins qu’il venait de lire plusieurs fois encore, ou encore la courbe des lettres qu’il savait sur le bout des doigts, maintenant. Ses doigts pinçaient et caressaient l'oud, instrument dont il maîtrisait parfaitement le jeu, comme son esprit vagabondait dans nombre d'interrogations. Comment était-elle, sa beauté était-elle aussi grande que ce qu’on lui en avait dit, son élégance aussi grande qu’on la lui avait vantée ? Oui, vraiment, il fallait qu’il arrive enfin, et qu’il puisse mettre un visage sur le trouble qui l’habitait.

Il en était là de ses songes quand le cri d’un rapace se fit entendre. Majestueux, près de lui, dans un bruissement d’ailes, comme tombé du ciel l’oiseau vint se poser.* Se redressant sur ses coudes, posant l'instrument à cordes et ôtant vivement le brin de paille qu’il mâchonnait jusque là, l’envoyant gésir plus loin, il mira l’oiseau gracieux, un sourire heureux aux lèvres, et c’est mains tremblantes qu’il défit le lien nouant le message à la patte de celui-là. Il extirpa un morceau de viande séchée de sa chemise, et nourrit le prédateur servile, ses yeux avides parcourant déjà les premiers mots. Il inspira entre ses dents serrées de ce que son index était fustigé par le bec du faucon, sans vraiment prêter attention à la douleur lancinante du pincement, obnubilé qu’il était aux mots de la Gracieuse couchés sur le vélin.

A la lecture du pli, il sourit d’une oreille à l’autre, son cœur bondissant de joie, et apposa de nombreux baisers au parchemin, avant que de le presser contre son cœur. Prestement et agilement, il se redressa, s’en fut quérir son nécessaire à écrire et une chandelle, et s’attela à rédiger une réponse à Jade.


Citation :
De Ezequiel Alejandro Joaquin d’Avila de los Caballeros

Para Su Gracia Jade de Sparte,
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Portavoz del Sacro Imperio Romano Germánico


Su embriagadora y encantadora Gracia,

Que dire de votre lettre, sinon qu’elle a provoqué en moi une bouffée que je ne saurais définir ; puissante, vibrante, elle m’a empli tout entier, et j’ai presque couru pour vous rédiger réponse. Oh, gracieuse Jade, quel émoi vous provoquez à ce cœur que je croyais de pierre aux mots féminins…

Je ne saurais vous dire ce qui me lie à vous, mais je sens ce lien, fort, entre nos plumes, déjà. Je ne suis pas sorcier, bien que je me sois interrogé moi aussi sur cette capacité que vous avez eue à m’envoûter, par le simple usage de lettres. Vous m’avez bouleversé, de par votre maîtrise des mots, la délicate attention que vous avez eue d’utiliser ma langue maternelle ; si vous saviez comme cela m’a touché, moi qui ai franchi les frontières de mon Espagne natale cette nuit dernière…

Nous avons perdu un jour de route, suite à une erreur de direction de mes pisteurs, et j’ai eu à gérer un petit incident avec mon personnel ; je gage que cela n’arrivera plus à l’avenir, le fâcheux en question a été écarté du groupe. J’ai pris sous mon aile un des jeunes garçons qui nous accompagnent, que le drôle a malmené ; j’espère en faire un gamin épanoui, il est plutôt futé, et intéressé par ce qu'on tente de lui inculquer de connaissances. Quant à l’énergumène qui a osé lever la main sur lui, je dois dire que je l’ai fait mettre aux fers, et que nous le laisserons aux mains de la justice, à la prochaine ville. Je déteste les coups injustifiés, encore moins lorsque l’on est en tort soi-même ; voyez, c’est cela, ce que j’appelle faiblesse : s’en prendre à un plus fragile, pour se sentir plus fort ; à un plus petit, pour se paraître grand à soi-même.

Vous me demandez si je suis plutôt poète ou chevalier… Je ne saurais vous répondre. Je suis un homme d’armes, qui sait combattre, chevaucher, manier l’épée avec habileté, mais je sais que la meilleure des armes est parfois l’usage des mots, qui savent être plus tranchants que la meilleure lame, plus fermes que le plus puissant des coups… Je préfère vous avouer que je pensais également qu’ils sauraient également être plus doux que le moindre des gestes, mais vous imaginer, penchée sur le vélin, y faire courir votre plume, un air concentré à votre visage, un fin sourire parant vos lèvres… Cela me fait douter quant à la justesse de mon assertion ; je peux du moins dire que vous lire est le plus efficace des baumes, quand les courbatures du voyage se rappellent à mon corps, le soir au coucher.

Celle que l’on appelle ma contrée est derrière moi, et pourtant, je ne m’explique pas cette impression que j’ai de rejoindre mon véritable pays, en me rapprochant de vous, mi Deliciosa Gracia… Serait-ce prodige ? Seriez-vous, finalement, la terre à laquelle j'appartiens depuis toujours, et auprès de laquelle je saurai devenir pleinement moi-même ?

J’ai lu avec intérêt votre lettre, et vous envoie mes plus profonds regrets que vous ayez eu à vivre un deuil si pénible ; je me réjouis, néanmoins, que vos enfants vous apportent toute la joie que l’on peut espérer de sa progéniture. Je n’ai pas l’heur d’être père, mais qui sait, peut-être saurais-je assumer cette charge-là, si jamais la situation se présentait. Je ne suis pas de ceux qui considèrent les chérubins comme des charges, mais plutôt comme autant de chances de voir perdurer certaines choses, de les transmettre, de les voir s’épanouir lentement, au fil des ans. J’ai hâte de rencontrer ces deux petits êtres qui, j’en suis certain, ont reçu pour héritage votre douceur et votre droiture ; j’ai conscience que nous partageons certains aspects de notre personnalité, et m’en réjouis par avance.

Je suis navré, je me sens un peu coupable de ce que je vais vous écrire, mais l’heure tardive est propice aux confessions, l’écriture également ; si je suis peiné que vous ayez souffert, je n’en ai pas moins souri de vous savoir le cœur libre, le cœur… à prendre. Je crois que le feu de la jalousie aurait habité le creux de mon ventre, autrement ; qu’il m’aurait rongé, aussi loin fus-je de vous. Je ne me l’explique pas ; peut-être est-ce le charme de vos écrits, ou bien le pincement de votre oiseau messager sur mon doigt qui me rend fou. Car voyez-vous, il a montré autant d’appétit pour mon index que pour le jambon sec que je lui tendais ; oh, c’est ma faute, bien sûr : j’étais trop distrait, les yeux rivés à votre pli, l’oiseau n’est pas responsable. Il est magnifique, d’ailleurs, et croyez m’en, moi qui pratique la fauconnerie sais à quel genre d’animal j’ai affaire. Où en avez-vous fait l'acquisition ? Il est proprement sublime.

Vous me parlez de l’horrible traumatisme que vous avez subi ; peut-être vous soulagerait-il d’en confier le tragique et funeste cours à un homme étranger bien loin de vous, mais non moins attentif à ce que votre douce personne peut ressentir de joies et de peines en tous genre ?

Je vous aurais bien tout raconté de mon enfance, de moi, comme vous le demandez, mais j’ai conscience déjà de la longueur de ma missive, et je ne voudrais vous ennuyer de récits d’un Ibère que vous ne connaissez pas même. Ecrivez-moi, de grâce ; les heures paraissent moins longues alors, et j’ai le cœur moins gros de vous avoir un peu en ma compagnie, par le biais de vos mots et tournures délicates.

Vous souhaitant bonne réception de ma lettre, je vous prie de croire, Su embriagadora y encantadora Gracia, en mes hommages les plus respectueux.

Le Très-Haut vous garde.

Votre obligé,



*Barbara, L'aigle noir.
Edits : multiples ajouts/correction de ponctuation.

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MessageSujet: Re: [RP] Qu'Ibère gagne ...    Mer 11 Juil - 1:19

Indisposée, la jeune femme avait pris un peu de repos, même gardé le lit quelques heures ce qui était plutôt inhabituel pour la flamboyante rouquine. Les serviteurs lui apportaient tout ce qui était nécessaire à son besoin ; nourriture, certes mais aussi les lettres bien trop nombreuses qu’elle recevait. Parmi celles-ci, une se distinguait, la Duchesse reconnaissait au toucher la texture du vélin, celui très particulier qu’utilisait l’Espagnol. Il lui répondait… déjà. Ses doigts parcouraient le document sans oser l’ouvrir. Qu’y découvrirait-elle ? Jade posa la missive à l’écart, réglant le courrier relatif à l’Empire alors que ses yeux, distraits, allaient de sa plume à la lettre mise temporairement à l’écart. La curiosité l’emporta, ses doigts s’emparèrent du parchemin et brisèrent fébrilement le cachet de cire pour le lire.

Elle ne s’était pas trompée, non… le ton de la lettre, les mots employés tels « envoûter », « bouleversé », la « terre à laquelle il appartient », le « cœur à prendre » ou « jalousie », l’utilisation de son prénom… L’Ibère sous-entendait parfois divers sentiments mais exprimait clairement son désir impérieux de la voir. Elle devait répondre mais quel ton employer ? Jade était surtout plus pudique à étaler ses émotions devant une personne qui lui était encore étrangère malgré le fait qu’elle semblait le deviner et le comprendre. L’air pensif, la plume en main, la Duchesse hésitait et traça sur le vélin les mots qui lui venaient aux lèvres.



Citation :
De Nous, Jade de Sparte,

À Vous, Ezequiel Alejandro Joaquin d’Avila de los Caballeros

Señor

Je lis votre missive, bouleversée par les émotions qui s’en dégagent… Je crains que vostre père ait sûrement exagéré mes mérites, bien qu’il soit un de mes fidèles amis de longue date. Je me ferai une joie d’ailleurs de le taquiner sur son âge qu’il dissimulait fort bien jusqu’à ce que je sache qu’il avait un fils adulte !

Vous avez exprimé votre admiration du faucon qui vous apportera ma lettre mais également le désir que je me livre davantage sur les horribles évènements qui m’ont anéantie. Sachez Señor d’Avila, que les deux histoires sont liées et je ferai au mieux pour vous les narrer.

J’ai eu la joie de rencontrer celui qui deviendrait mon époux, Flavien von Frayner von Strass alors que nous étions tous deux très jeunes. Nous tombèrent fous amoureux l’un de l’autre dès notre première rencontre et peu après il demanda ma main. Nous étions tous deux nobles, baptisés, rejetons de la haute noblesse, tout nous favorisait. Le mariage fut empreint d’une émotion sincère au cœur de la chapelle familiale des Sparte. Nos carrières politiques étaient fructueuses et la vie nous bénit peu après notre union un heureux évènement s’annonça. Malheureusement, au début du troisième trimestre de mon terme, je perdis l’enfant qui grandissait en mon sein suite à une chute de cheval. Ce fut un moment tragique pour nous mais Flavien se montra exemplaire en tout point, tel un époux peut être un réconfort pour une femme. À cela s’ajouta le décès de mon beau-père, qui causa beaucoup de chagrin à mon époux. Il hérita des Duchés de Blâmont et de Vittel bien qu’il eut 100 fois préféré avoir son père en vie et le rendre fier. Le soleil revint toutefois après le mauvais temps et un fils vint au monde, un héritier pour Vittel qui fit la joie et la fierté de son père ! À nos carrières politiques fructueuses s’ajouta la consécration ; j’accédais au trône de Lorraine. Flavien devint prévôt en plus de son poste de Héraut de la Marche Lorraine. L’avenir était brillant, nous étions au comble du bonheur. Nous allions fêter notre anniversaire de mariage. Le sachant très féru de chasse, j’avais fait l’acquisition de quelques chiens de chasse et de 3 faucons qu’un maistre fauconnier dressait. Vous comprendrez que le volatile en votre possession en fait partie. J’avais fait installer mon « cadeau » au pavillon de chasse situé sur nos terres. Un second présent était dans un petit écrin que j’avais avec moi, des chausses de nourrisson ! Afin de lui annoncer à ce moment-là que nous avions la chance d’avoir une autre vie qui se joindrait aux nôtres. Le Très-Haut veillait sur nous, nous nous étions comblés de ses bienfaits jusqu’à ce jour maudit !

Alors que nous nous rendions au pavillon de chasse, notre fils avec nous dans le carrosse, nous fumes attaqués par cinq vils marauds ! Flavien se battit seul, tel un lion ! mais il fut blessé en traître par un infâme gueux ! Il le balafra avant qu’il prenne la fuite et nous ramenâmes Flavien au Château où le médicastre tenta toute sa science sans succès. Ses derniers mots furent à mon endroit, pleins d’admiration et d’amour. Son décès fut pour moi une épreuve terrible, me retrouvant enceinte, mère d’un bébé et Duchesse de Lorraine, je ne devais pas craquer… mais cela est une autre histoire…

Pardonnez-moi si je m’arrête ici mais vous narrer tout cela réveille en moi des sentiments douloureux et je préfère prendre quelques repos… J’espère que ma lettre n’assombrira point votre humeur, je m’en voudrais terriblement

Prenez garde à vous !


Les larmes avaient coulé le long de ses joues alors qu'elle écrivait et quelques unes, plus furtives, s'étaient épenchées sur le vélin, maculant l'encre à certains endroits. Elle souffla pour faire sécher rapidement les gouttes tristes et scella et fit envoyer la missive par un autre faucon.

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Ezequiel.A.Joaquin
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MessageSujet: Re: [RP] Qu'Ibère gagne ...    Mer 11 Juil - 22:16

Il avait été « trop » trop de choses. Trop enflammé, trop démonstratif, trop intime, trop prolixe dans ses mots. Bien sûr, il n’en regrettait pas un seul, mais peut-être aurait-il dû taire certaines choses… Voilà ce à quoi Ezequiel songeait comme les pas du cheval s’égrenaient, un à un, foulant au passage des terres qu’il ne reverrait plus, ou pas avant bien longtemps. Le torse soulevé au rythme régulier des sabots martelant le sol, le regard perdu droit devant, il tentait vainement de ne pas imaginer ce qu’il aurait pu la décevoir, la gêner, l’indisposer peut-être.

- Et là, Señor, je le rappelle comment ? Señor ? Señor d’Avila ? ¿ Me oye? Señor d’Avila ?*

Les mots du gamin finirent par atteindre son esprit, et Ezequiel, secouant la tête pour sortir de ses pensées, perdit son regard sur l’enfant, à qui il donnait, comme promis, une leçon de fauconnerie de haut vol. S’il parut ne pas le reconnaître un instant, il sourit bientôt, et tendit la main vers lui, pour le faire grimper devant lui, sur son minorquin, un cheval haut, ébène et typiquement espagnol nommé Marqués. Le garçonnet bien calé devant lui, il lui fit tendre le bras droit, et soutint sa main tout en sifflant entre ses lèvres pincées. A l’appel long et régulier, un cri d’oiseau de proie donna réponse et bientôt, le prédateur ailé se posait sur le poing fermé du petit gars.

L’Ibère éclata de rire à l’expression de surprise du garçonnet, et répondit au sourire fier que celui-là lui destinait maintenant, les yeux pétillants, par un rictus jumeau. Ebouriffant ses cheveux, il glissa dans sa main gauche un petit morceau de viande séchée, et le félicita :


- Muy bien, dale esto y devuélvelo, niño.**

L’enfant s’exécuta, et murmura à l’Espagnol :

- ¿ Debo descender, Señor d’Avila? Es un caballo por muy bello…***

Pour toute réponse, le brun posa sa paume sur le ventre du petit, lui indiquant par là-même qu’il pouvait chevaucher avec lui et, pour lui faire plaisir, fit cabrer l’équidé, et le lança au galop, à l’écart du groupe. Au rire du gamin se mêla le sourire de l’Hispanique, qui ne revint parmi ses gens qu’alors qu’il apercevait le retour précipité – et non réclamé – du faucon. Agacé que celui-là ne suive pas les consignes, il leva les yeux, pour constater, quand le rapace qui noua ses serres au poing, qu’il s’agissait-là du messager de la Gracieuse. Il intima à ses gens de faire halte, et de faire souffler les chevaux, promit à l’enfant de poursuivre l’enseignement plus tard, posa pied à terre, et fit descendre son passager en tendant les bras vers lui.

- Ocúpate de Marqués, pilluelo.****

Il prit quelque distance, marcha vers un cours d’eau tout proche, et s’assit dans l’herbe pour décacheter et parcourir la missive. Hochant la tête, sourcils légèrement froncés, se demandant si le silence qu’elle affichait quand à ce qu’il lui avait confié l’avait blessée ou ennuyée. Il s’enquit de son nécessaire à écrire, et répondit :



Citation :
De Ezequiel Alejandro Joaquin d’Avila de los Caballeros

Para Su Gracia Jade de Sparte,
Duquesa de Pompey, Vittel y Blâmont,
Dama de Autrey-lès-Gray, Baccarat y Châtenois,
Portavoz del Sacro Imperio Romano Germánico



Su Gracia,

En premier lieu, permettez-moi de vous adresser mes plus plates excuses, pour la familiarité que j’ai à l’évidence montrée, ainsi que mes remerciements, pour ne pas m’en avoir tenu rigueur au point de ne pas m’adresser de réponse.

Toute ma gratitude vous va également de m’avoir confié cette funeste et traumatisante expérience que fut le vil assassinat de feu votre époux. Je ne doute pas que vous ayez été très heureux ensemble, et vous me voyez fort marri que vous ayez souffert, Su Gracia. Je nourris l’espoir que ces raclures aient été justement punis des odieux faits dont ils se sont rendus coupables, et que feu votre mari a été vengé comme il se doit. Je partage donc une expérience certaine avec vos enfants ; j’ai grandi sans un père, je ne l’ai pas même rencontré encore. J’espère le rendre fier, et lui faire honneur par ma conduite, mon dévouement et mon respect. Vous qui le connaissez, sauriez-vous en présumer ? J’espère pouvoir, à mon arrivée, passer du temps avec vos héritiers, et deviser avec eux ; peut-être leur instruire l’espagnol ?

Je note votre courage, votre abnégation pour votre descendance et votre duché ; sans nul doute êtes-vous admirable et dotée d’une force insondable tant elle est grande. Bien que vous n’ayez eu que peu de mots eu égard à la teneur de mon pli précédent, j’ai cependant pris bonne note de ce que vous pensiez votre réputation trop élogieuse comparé à ce que vous imaginez être vous. Vous rendez-vous compte que votre bravoure et votre pugnacité face aux tragiques éléments de votre vie vous contredisent, et que mes mots passés furent, bien au contraire, bien trop faibles face à ce que votre douce personne mérite ? Me voilà de nouveau à devoir vous présenter des excuses, pour avoir sous-estimé encore vos mérites. Pardon, encore, mille pardons ; j’espère que Sa Grace saura m’épargner sa rancœur pour cet affront bien involontaire.

Puissiez-vous prendre quelque repos, comme vous l’écrivez au terme de votre missive, aussi bien du corps que de l’esprit ; je sais que vous travaillez énormément, et je crains d’avoir réveillé, malgré moi, de bien douloureuses blessures, et de lourdes peines.

Puissiez-vous vous porter au mieux, recevoir mes hommages les plus respectueux et m’accorder l’absolution de mes affronts,

Le Très-Haut vous garde,

Votre obligé,




*Sieur d’Avila, m’entendez-vous ?
**Très bien, donne-lui cela, et renvoie-le, petit
***Dois-je descendre, Sieur d’Avila ? C’est un si beau cheval…
****Occupe-toi de Marqués, gamin.



Dernière édition par Ezequiel.A.Joaquin le Jeu 12 Juil - 5:06, édité 1 fois
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Jade
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MessageSujet: Re: [RP] Qu'Ibère gagne ...    Jeu 12 Juil - 1:03

En voulant se protéger, elle l’avait vexé. Edouard avait raison lorsqu’il lui disait qu’elle devait s’ouvrir davantage. Jade se devait de rectifier, elle se sentait coupable, oui bien sûr… Jade qui s’inquiétait, se souciait des autres, éprouvait de la culpabilité, c’était son état normal. Gardant encore la chambre, elle entreprit de répondre immédiatement.


Citation :
De Nous, Jade de Sparte,

À Vous, Ezequiel Alejandro Joaquin d’Avila de los Caballeros

Señor

Je lis vostre lettre et c’est à moi, non à vous, à vous présenter des excuses. Les émotions si vives qui se dégageaient de vostre missive m’ont, je le crains, trop bouleversée pour que je puisse y répondre aussi prestement. Vous ne connaissez qu’un mince épisode de vie, les souffrances depuis ce jour ont été miennes et vous les narrez ne vous rendrait que mélancolique…

Je me dois néanmoins de vous faire trois aveux. Le premier étant que, souffrante depuis quelques jours , j’ai démontré moins d’enthousiasme à tout, bien que vous lire fut pour moi un réel plaisir. Il s’avère néanmoins que, je me sentais vulnérable et peu prête à m’ouvrir davantage, veuillez me pardonner. Le second aveu est que, j’ai écris à vostre père. Ne m’en veuillez point je vous en prie ! Mais vous me parliez avec tant de justesse que je me suis demandée tout ce qu’il vous avait raconté sur moi. Sa réponse m’étonna… il ne vous avait presque rien dit ! Accusez ma méfiance, j’en suis contrite, confuse et vous exprime mes regrets d’avoir éprouvé ce doute. J’ai réalisé que vous vous exprimiez sans attente, avec vostre seul instinct et cela est mon dernier aveu, j’ai fondu en larmes…

Vous savez donc que vos mots m’ont touchée, qu’ils me hantent et me troublent. Que chaque parchemin est attendu avec une joie sans borne, qu’ils transportent avec eux une douce odeur chargé d’épices et de soleil qui me charme, que je m’enivre de ces lectures.

Je reprends quelques interrogations de votre vélin. Tout d’abord, concernant les assaillants, quatre des cinq vils marauds furent tués par feu mon époux qui était fin bretteur, le dernier fut balafré par ses soins et attrapés suite à une battue. On me l’amena et l’homme s’étant précipité vers moi, il fut transperçé par les lames des gardes… la mort fut son jugement mais ne ramena pas mon excellent époux à la vie. Vostre père serait très fier de vous, j’en suis convaincu, mais dites-moi, avez-vous hérité du caractère explosif de celui-ci ? J’accède avec joie à vostre offre, peut-être souhaiterez-vous également parler à mes anges de vostre contrée ?

D’ailleurs, à ce sujet… je ne crois pas vous avoir mentionné que j’adorais monter à cheval et que, suite à un cadeau de feu mon époux pour mes 16 ans, je reçu une magnifique jument pur sang provenait d'Andalousie, d'une robe gris clair. Tornade a une tête large et expressive, de longs crins soigneusement brossés, pas très haute, convenant parfaitement à ma taille. Elle est endurante, docile, rapide, réagissant rapidement, de tempérament un peu nerveux mais à l'allure élégante, à l’image de sa cavalière me direz-vous ! Mais décrivez-moi, je vous prie, vostre fidèle monture ! Mais aussi de quelle région d’Espagne venez-vous. J’ai beaucoup lu sur votre contrée et il me tarde d’en entendre parler, outre les parchemins, par un témoin qui saurait me faire vivre l’ambiance par ses récits !

Je vous en prie, écrivez-moi, écrivez-moi rapidement pendant que mes yeux se fatiguent à relire celles reçues, qu’ils en déchiffrent chaque trait de plume qui gratte le parchemin, tentant de m’imaginer où vous êtes, ce que vous faites, si mes lettres sont attendues avec autant de fébrilité que les vostres… que j’y lise un « Su embriagadora y encantadora Gracia » plutôt qu’un terne « Su Gracia » qui n’est point vostre, ni mien. Vous n'êtes point fade, ni terne, rien de cela chez vous !

Vite prenez la plume !

Prenez garde à vous !


Scellant la lettre et la confiant au faucon, Jade se surprit à dire voix basse ses trois prénoms, insistant sur le J guttural, voulant le dire correctement à son futur invité...

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Ezequiel.A.Joaquin
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MessageSujet: Re: [RP] Qu'Ibère gagne ...    Jeu 12 Juil - 5:05

Une nouvelle nuit était passée, calme et paisible pour les hommes ; elle avait néanmoins vu Ezequiel veiller, ses mains croisées derrière sa nuque, yeux rivés au ciel étoilé, et s’interroger quant à la prochaine missive – si missive il y avait -, de Jade. Jade… Quatre lettres pour un empire de grâce, quatre petites lettres toutes simples, pour un océan de délicatesse, un pays de subtilité, un univers entier d’exquise et de précieuse élégance. Jade. Quatre lettres qui l’emplissaient tout-à-fait.

Plus vite qu’il ne l’imaginait, le chant d’une chouette hulotte fut remplacé par un plus léger d’oiseau. Il se rehaussa sur ses coudes, toujours allongé ; était-ce le rossignol, ou l’alouette ? Leandro, son valet, qui connaissait bien ces terres, lui avait expliqué il y a quelques heures, au sujet du rossignol : toutes les nuits, il chante au grenadier là-bas.* Mais non… Les flambeaux de la nuit sont éteints, et le jour joyeux se dresse sur la pointe du pied au sommet brumeux de la montagne.*Oui, il fallait l’admettre : c'était l'alouette, la messagère du matin, et non le rossignol.*

Il se leva donc et profita de ce que tout le camp était encore plongé dans le sommeil pour se rendre au cours d’eau tout proche. Otant ses frusques une à une, les abandonnant sur la rive, il se laissa glisser peu à peu dans l’eau, dont la fraîcheur matinale provoqua nombre frissons à son corps d’athlète. Vivifiante, revigorante, elle lui semblait masser son corps endolori du voyage, et il soupira d’aise, une fois habitué à la froideur aquatique. Il évolua lentement, de délassant à l’onde pure et claire longuement, profitant du calme ambiant, de l’accueil chantant de l’alouette, peu à peu rejointe par ses comparses ailés. Il finit par se hisser sur la berge, passa sa chemise sans en lacer le col, en laissant les pans béants, puis enfila ses braies de voyage propres. Là, il entreprit de se raser, extirpant de la trousse qui lui servait de nécessaire de toilette, une lame de fer au manche de nacre, qu’il aiguisa à une pierre prévue à cet effet.

Les uns après les autres, les hommes s’éveillaient, et la vie reprit son cours, les consignes, le pliage du bivouac, les voix graves et celles, moins rauques, des éphèbes et demoiselles prenant le pas sur le clapotis de l’eau ou le chant des oiseaux. Fallait-il toujours que l’homme prit l’ascendant sur la nature, où qu’il soit ? Perdu à sa réflexion, l’Ibère appliqua soigneusement un baume parfumé à ses joues drues, penché qu’il était au bord de l’eau, et entreprit de délester celles-là de cette barbe trop longue qui les couvrait depuis quelques jours. Il se prit même à siffloter, à chantonner même, troublant son reflet dans l’onde de ce qu’il y secouait la lame souillée de baume pour l’en libérer, s’amusant de n’être pas Narcisse pour un sou, et pourtant assez coquet pour prendre soin de lui, même au cours d’un voyage. Peut-être était-ce pour montrer l’exemple à ses gens, pour que ceux-là ne relâchent pas un certain nombre de mesures d’hygiène, la promiscuité de tous nécessitant un minimum de soins, d’autant que les journées de chevauchée ou de marche étaient bien longues, le soleil d’été leur permettant de prolonger leurs efforts de quelques heures chaque jour. Ou bien était-ce par courtoisie envers eux, ou un éventuel visiteur, ou bien quelque rencontre sur le trajet d’une connaissance de sa mère. Ou bien était-ce par besoin, ou par devoir, peu importe. Il se rasait, et profitait de ce moment d’intimité pour se détendre après cette nuit de veillée.

L’oiseau à nouveau se fit entendre. Pas l’alouette. Pas le rossignol. Pas le moineau, rien de tout cela. C’était ce messager-là qu’il guettait depuis qu’il l’avait renvoyé ; il devait s’appeler Hermès, ce messager de déesse. Il sourit à y songer : Hermès n’était-il pas également le protecteur des voyageurs ?

Ah, vraiment, son arrivée était une aubaine, assurément. Parachevant au même moment son rasage, inspirant entre ses dents serrées de ce qu’il s’était coupé juste sous la pommette, dans la précipitation de réceptionner le rapace, il attrapa un linge, l’humidifia à la rivière, et l’appliqua à ses joues cramoisies du feu de la lame. Le baume apaisant viendrait après, il y avait des priorités propres à chaque homme. Il siffla le faucon, tendit le poing, et le déchargea du pli, s’asseyant dos à un arbre pour le parcourir.

Bouleversé, il courut à sa tente, renvoya tout le monde, et prit plume et vélin :


Citation :
De Ezequiel Alejandro Joaquin d’Avila de los Caballeros

Para Su Gracia Jade de Sparte,
Duquesa de Pompey, Vittel y Blâmont,
Dama de Autrey-lès-Gray, Baccarat y Châtenois,
Portavoz del Sacro Imperio Romano Germánico



Su deliciosa, su embriagadora y encantadora, su delicada, su sutil Gracia,


Perdóneme, Su maravillosa Gracia, si mes mots vous ont paru ternes, parfois. Je n’osais, idiot que je suis, vous témoigner autant de trouble que précédemment, de peur d’avoir été trop loin dans la démonstration de ce que vos mots m’émouvaient et suscitaient chez moi d’inclinaison. De grâce, ne croyez pas me devoir quelque excuse, je me sens reconnaissant envers Déos, de vous avoir mise sur ma route, de m’avoir offert l’immense honneur de vous rencontrer, de pouvoir converser avec vous, par courrier pour le moment, de vive voix, ensuite, s’il le permet.

Vos aveux me sont allés droit au cœur ; ils m’ont touché, bouleversé, ils m’ont atteint plus profondément encore que vous ne sauriez l’imaginer, délicieuse et exquisita Jade. Le premier m’a plongé dans une inquiétude telle que ma main tremble alors que j’écris ; de quel mal souffrez-vous, que je demande dans mes prières à ce qu’il disparaisse de cette Terre ? Quels maux vous rongent-ils que je sache qui je hais et maudis à cet instant ? Je déteste cette affliction qui vous maltraite et vous malmène injustement, et ce, quelle qu’elle soit ! Je vous fais parvenir, jointe à ce vélin, une petite pochette que je vous ai fait préparer par l’une de mes domestiques, mais dont j’ai décidé, seul, du contenu.

Il s’agit-là de romarin ; cette plante fait des merveilles, dit-on, sur toutes sortes de souffrances, tant pour le corps que pour l’esprit. J’y ai joint quelques écorces d’agrumes, pour vous redonner des forces, de l’écorce de saule, à faire en tisane et qui vous soulagera également ; quelques feuilles de rue pour les maux de ventre de toutes sortes, du cerfeuil, stimulant à souhait pour un corps fatigué, et quelques épices aux mêmes effets. N’hésitez pas à mélanger leurs vertus, et, je vous en conjure, rétablissez-vous vite ; je brûle d’inquiétude, tant et si bien que je crains de souffrir moi-même de maux, tant j’ai le cœur et le ventre vrillé de ce que je me morfonds de tourment. Donnez-moi bien vite de vos nouvelles.

Le second aveu ne m’étonne guère ; il est normal que vous vous inquiétiez de savoir qui vous allez accueillir en votre demeure, d’autant que vous avez des enfants. Je comprends cela, et, au contraire, l’encourage, pour votre bien-être et votre confort d’esprit. Mais je lis que vous avez pleuré ! Oh, ma chère, par pitié, ne versez aucune larme pour moi, je suis indigne d’un tel honneur et, surtout, je me refuse à vous causer la moindre peine… Permettez-moi d’ajouter un petit bouton d’or à mon envoi, simplement pour vous faire sourire, et me faire pardonner d’avoir fait verser, bien involontairement, quelques perles salées à vos joues délicates.

Concernant vos réponses à mes questions, puissiez-vous recevoir mes plus sincères remerciements de soulager un cœur meurtri d’inquiétude que vous puissiez encore être menacée par ces infâmes qui vous auront ôté votre aimé époux ; morts, ils sont inoffensifs, ils auraient toujours dû l’être. Votre défunt mari était un bon combattant, pour être venu à bout d’autant d’assaillants, et je bénis le ciel que vous ayez pu être sauve, ainsi que votre fils et votre enfant à naître, alors.

J’ai souri de lire ce que vous écriviez au sujet de votre monture ; feu le Duc de Vittel avait fort bon goût, pour choisir pareille noble race. Votre jument Tornade doit vous convenir tout-à-fait, et je gage que son nom-même n’est pas anodin. J’ai, pour ma part, un minorquin ébène du nom de Marqués, en référence à son port altier. C’est un bon compagnon, fier et droit, qui ne recule pas, et n’a jamais reculé, quel que fut l’obstacle ; je l’ai vu naître aux haras familiaux. Je l’ai nourri, même, comme sa mère mourut à la mise bas. J’ai toujours aimé la proximité des équidés, et je vous avoue sans mal être passionné par ces animaux qui, plus que d’être simplement élégants et, formulons-le, utiles, savent transmettre leurs émotions sans pour autant avoir usage de la parole. Souvent, ils savent vous faire comprendre ce qu’ils ressentent, par un regard, un piaffement ou un claquement de sabot au sol ; je me souviendrai toute ma vie de la révérence qu’il m’a adressée, alors qu’il avait deux ans.

Vous me demandez de vous parler de mon pays ; je vous promets de répondre à vos attentes dès ma prochaine lettre, comme je vois la tournure bien longue que prend celle-ci… Je ne voudrais vous fatiguer outre mesure en vous imposant un roman d’une longueur insupportable, quand vous avez besoin de repos.

Je vous en conjure, écrivez-moi bien vite, si votre main et votre esprit s’en sentent la force ; je me languis par déjà d’attendre votre prochain pli, aussi fébrile que vous le décrivîtes dans votre courrier. Je brûle, palpitant et le cœur battant, de vous lire à nouveau : vos mots sont plus d’évasion encore que l’horizon qui s’échappe à chaque pas, alors même que nous semblons nous en approcher. Les arabesques de votre plume ont ce goût de voyage et de merveilles des contrées lointaines ; finalement, Jade… Ne serait-ce vous, mon véritable pays ?

Dans l’attente de vous lire, je vous prie de recevoir mes hommages, et, Déos m’en est témoin : tant que je n’aurai pas de nouvelles, mes mains trembleront aux rênes de Marqués.

Le Très-Haut vous protège et vous garde.

Affectueusement,

Votre obligé,


Missive attachée et faucon renvoyé, c'est avec une énergie résolue que l'Hispanique sortit de sa tente et ordonna :

- Hâtez-vous ! pliez ma tente, et nous partons !


*Références à William Shakespeare, Roméo et Juliette, III, 5.
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Jade
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MessageSujet: Re: [RP] Qu'Ibère gagne ...    Jeu 12 Juil - 15:05

Allongée sur le côté, à peine soulevée par son coude repliée, Jade relisait la lettre pour la 5ème fois, ayant, le temps de sa lecture, oublié momentanément les douleurs qui la clouait au lit depuis les derniers jours. Elle était encore bien faible mais rassurée sur son état depuis la visite du médicastre. Plus elle s’ouvrait à son correspondant et plus il répondait hardiment. Mais le doute la tenaillait tout autant que cette douleur lancinante dans ses entrailles. Créait-elle une attente chez le jeune homme ? Se trouvait-elle à ainsi encourager ses sentiments au-delà de la bienséance ? La plume qu’elle tenait en main était suspendue dans le temps et l’espace, effleurant délicatement la joue de la pensive jeune femme.


Citation :
De Nous, Jade de Sparte,

À Vous, Ezequiel Alejandro Joaquin d’Avila de los Caballeros

querido señor de Ávila

¡Qué alegría leer su entusiasmo! Usted me escribió muy pronto y estoy agradecida. Vostre missive a permis de me faire oublier mes soucis pour m’évader quelques précieux instants dans ce monde irréel qui représente une distance qui à chaque jour diminue.

Je tiens tout d’abord à vous rassurer, que vos mains reprennent contrôle des rênes de Marqués! Le médicastre m’a assurée que je serais sur pied très rapidement, ne vous inquiétez pas de ma santé, j’aurai repris des forces d’ici votre arrivée. Toutefois, la délicatesse de vostre geste m’a émue, que vous ayez songé à me faire préparer cette petite pochette d’herbes démontre bien un sens peu commun de la courtoisie et de la galanterie. Je vous promets de les utiliser avec soin, un tel cadeau doit être honoré.

Dois-je vous dire à quel point, entendre mon prénom dans vos missives me charme ? Certes, je devrais vous réprimander pour tant de familiarité mais je ne puis m’y résoudre ! Employé ainsi avec parcimonie, sans débordement, cela devient plutôt douce musique à mes oreilles, d’ailleurs, à ce sujet, jouez-vous d’un instrument ? Mais reprenons ! Ainsi, puisque vous vous êtes permis, il ne saurait en être autrement que je me serve en retour des mêmes armes… Ezequiel Alejandro Joaquin !

Si vous avez souri en pensant à ma jument andalouse, il en fut de même pour moi sachant que vous montiez un minorquin, race splendide d’ailleurs ! Et que vous me décrivez avec tant d’affection. Ma jument a mis bas ce printemps d’un magnifique poulain que je compte faire dresser aussi bien que sa reproductrice. Bien que son tempérament nerveux fut à l’origine de ma chute qui me fit perdre un enfant, je ne peux me résoudre à lui en vouloir, étant la seule faute qu’elle a commise depuis que je la monte.

Je vais néanmoins tenter de poursuivre mon récit pendant que j’ai quelques forces restantes. Après le décès de Flavien, débuta pour moi une ère sombre où vivant le deuil, le règne et la grossesse, je ne tenais plus qu’à peu de choses… Je mis au monde ma fille, de façon plutôt rapide, cette enfant est douce et sage, ma petite princesse est adorable. Puis vinrent de tragiques évènements qui faillirent me coûter la vie mais dont je ne me sens pas pour l’heure suffisamment forte pour aborder ce sujet… peut être qu’en votre présence réconfortante plutôt que par le vélin, je trouverai le courage de vous narrer cet épisode funeste.

J’ai lancé en janvier mon propre parti en compagnie de mon vassal, Lisandru Michiel d’Acoma, un homme droit, honnête et juste. Nous remportâmes la tête et je fus une 3ème fois Duchesse de Lorraine. Il travailla pour moi sans relâche et la solide amitié qui nous unissait se transforma en complicité. Lisandru, secrètement amoureux de moi, me fit parvenir pendant plus de 2 mois, des lettres anonymes où il décrivait l’inclinaison qu’il me portait. Il se présenta tête de liste et visait à remporter ces élections dans le but de pouvoir prétendre à me courtiser librement, en homme d’honneur, il en demanda l’autorisation à mon oncle, le chef de la famille Sparte. Malheureusement, suite à une duperie, il perdit les élections par un siège mais malgré ce fait, mon oncle l’autorisa à me courtiser, levant ainsi mon deuil. Pour la première fois depuis la mort de Flavien, je touchais le bonheur mais celui-ci me fut ravie cruellement alors que, après une seconde défaite, Lisandru se donna la mort, me laissant seule à nouveau à affronter les spectres et survivre à une personne que j’aimais. Je n’ai point exagéré en vous disant que les malheurs s’abattaient sur moi.

Je prie le Très-Haut qu’il me libère des épreuves qu’il m’envoie et que plutôt, dans sa grâce ultime que j’obtienne un répit, joie et bonheur ! voir même plus si j’osais l’exprimer. Mes espoirs furent tant de fois réduits à néant que je suis désormais dubitative et humble en l’avenir. Est-ce trop demander que le soleil éclaire mes pas ? Que mes matins s’illuminent devant le visage rayonnant de mes anges et que j’éprouve un jour pareil émotion devant celui aimant qui aura su conquérir mon cœur ?

Me trouverez-vous impertinente d’oser vous demander si vous pouvez hâter le pas ? ah ! je m’en veux déjà de ma requête ! Ignorez-la ! Je ne voudrais point faire épuiser vos gens pour la fébrilité d’une Duchesse qui a hâte de vous accueillir.

¡Que Dios te cuide!


La dernière phrase en espagnol était peut être plus familière mais Jade se refusa à la biffer, libérant le rapace en murmurant

vole, vole haut et vite !

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Ezequiel.A.Joaquin
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MessageSujet: Re: [RP] Qu'Ibère gagne ...    Dim 15 Juil - 3:12

[« Le voyage, comme l'amour, représente une tentative pour transformer un rêve en réalité. » Alain de Botton]

Et une lettre de plus, rédigée entre deux haltes, le campement ne durant maintenant que quelques heures, les hommes se relayant.

Citation :
De Ezequiel Alejandro Joaquin d’Avila de los Caballeros

Para Su Gracia Jade de Sparte,
Duquesa de Pompey, Vittel y Blâmont,
Dama de Autrey-lès-Gray, Baccarat y Châtenois,
Portavoz del Sacro Imperio Romano Germánico



Su adorada y querida Gracia,


Gracias por haber escrito estas algunas palabras en español. Esto me encanta y me emociona tanto que sonrío de una oreja al otro, agradecido.
Vous êtes un ange, vraiment, de prendre la peine d’écrire dans ma langue ; vos compétences en sont même bilingues, je suis très impressionné. Cachez-vous d’autres prodiges dans votre besace de savoirs, Su Gracia ? Il me semble chaque fois que vous saurez toujours me surprendre, me faire sourire, m’émerveiller, en somme. Et me voilà à sourire comme un jeune enfant, moi qui ai vingt ans !

J’ai bondi de joie, vraiment, à vous savoir presque rétablie ! Je ne serai tout-à-fait rassuré qu’à la lecture de ces mots-là qui me feront savoir que vous êtes définitivement sur pieds ; je crains donc que Marqués doive se contenter encore d’une dextre encore un peu tremblante, jusque là. N’utilisez les herbes que si votre médicastre vous y autorise ; je ne voudrais être responsable, sous couvert d’avoir voulu bien faire, d’un incident entre les différentes médecines, et ainsi vous rendre plus souffrante encore. Deos, cette simple pensée me fait blêmir ; je me sens pâle déjà, et mes gens me regardent étrangement ! Vite, vite, que je songe à vous et que mes joues reprennent cette couleur caramel naturelle – oh, elle rosit certainement un peu, à la moindre pensée de vous lisant mes mots -, que ceux-là se rassurent et me laissent en la seule compagnie de ce vélin ; c’est un peu comme être en entretien avec vous, alors, et je ne saurais vous dire à quel point cette image me rend à la fois tout heureux et fébrile.

Je brûle de vous rencontrer, de mettre un visage sur ces arabesques qu’il me plaît tant de parcourir, encore et encore. N’est-ce pas adorable folie, que mon cœur ait été conquis de mirer simplement les traits de votre plume, de lire vos mots, de deviner quelque moue, sourire, ou froncement de sourcils comme je vous imagine, penchée et concentrée sur le parchemin ; très digne et, je l’espère, le cœur aussi en fête que le mien ?

Vous me demandez si je joue d’un instrument ; je maîtrise le jeu de plusieurs, mais c’est le oud qui a ma préférence. Le son qu’il produit, mélancolique, tendre, doux, léger ou bien fiévreux me ravit car, esseulé avec l’instrument, je puis lui faire exprimer ce que je ressens. Le fifre, toujours joyeux et entraînant, n’a pas cette subtilité, cette gamme de sentiment que m’offre l’oud… Jouez vous, vous-même ? Déos, vous lire écrire mon nom, vous imaginer le prononcer, tenter d’entendre à distance votre douce voix les dire, ces prénoms qui ne me paraissent plaisants que depuis cette image-là… J’en suis fébrile, la main moins assurée tant cela me voit tout en émoi !

J’ai adoré lire ce que vous écriviez au sujet de votre fille ; cette mini vous doit être si charmante qu’il me tarde de la rencontrer, elle aussi ! J’ai une petite sœur, voyez-vous, et je sais ce qu’est le sentiment de voir une petite fille grandir et s’épanouir. A l’avoir vue, année après année, et à la voir pousser au fil du temps, j’ai toujours rêvé d’avoir une fille ; j’ai un peu joué le rôle de père, pour elle. Maman était si éprise de Père, qu’elle ne s’est jamais mariée. Nous avons vécu un peu à part de tout, ensemble, et je crois avoir été le petit père de ma sœur, du moins, la figure masculine à la maison. Peut-être est-ce pour cela que j’ai le sentiment d’avoir grandi trop vite, d’avoir été trop mûr, trop tôt. Je ne sais. Mais je ne regrette rien, c’était là mon devoir de fils, et de frère. Mais depuis quelques jours, épauler ce jeune garçon me donne également l'espoir d'être père d'un petit à mon tour. Puisse le Très-Haut me bénir de ces deux naissances.

J’ai bout, ma chère et douce Jade, à la lecture de certains passages de votre lettre. De rage, d’abord, d’une colère sourde, lorsque vous écrivîtes que vous fûtes victime d’événements qui faillirent vous ôter la vie. J’enrage, je m’en veux de n’avoir été là, alors, pour vous protéger, pour détourner les attaques de la glaneuse de vies, même si, fort heureusement, ses tentatives furent vaines et infructueuses. La seconde me fait rougir, car je sais ne pas avoir le droit de nourrir du ressentiment envers quelqu’un ayant rejoint le Paradis Solaire, mais Déos, le Très-Haut m’est témoin que j’ai senti les flammes ardentes de la jalousie m’étreindre le ventre et le cœur, presque me consumer de vous avoir un instant visualisée au creux des bras protecteurs d’un autre, et vous avoir imaginée éprise, fortement, de lui. Je suis confus, je sais que ces pensées sont indignes, et qu’elles me vaudront sans doute vos foudres ; je ne puis néanmoins vous cacher quoi que cela soit. J’ai aimé, également, une jeune femme, il y a de cela deux ans ; il était prévu que nous nous marions, et la maladie l’a emportée. J’ai cru, alors, mourir de chagrin, et je partage votre peine comme je l’ai vécue moi-même. Mes prières iront donc ce soir, en plus de celles, habituelles, souhaitant votre prompt rétablissement, et votre bonheur le plus pur, à feu votre prétendant, pour le repos de son âme.

Je suis certain que le Très-Haut nous entendra tous deux, et conviendra de ce que vous avez largement eu votre lot de peines et de souffrance, et que vous méritez d’avoir enfin ce répit du cœur et d’âme, qui n’ont tous deux que trop souffert. Il vous restera maintenant, la joie et le bonheur d’une existence pleine d’amour, et parfaite à vos yeux. Puisse-t-il m’accorder l’immense honneur d’être celui qui vous accompagnera alors, pour vous assister, vous et vos enfants ; prendre soin de vous trois, et vous aimer, puisqu’il faut le dire, oui… Vous aimer.

N’ayez crainte, nourrissant le même désir que vous, j’ai très certainement anticipé votre demande : nous serons là d’ici deux à trois jours, si le Très-Haut le veut.

Prenez soin de vous, dans l’intervalle, et recevez mes plus tendres pensées.

Votre obligé,



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Jade
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MessageSujet: Re: [RP] Qu'Ibère gagne ...    Dim 15 Juil - 3:32

Le médicastre l’avait autorisé à se lever, uniquement pour une courte durée à condition de ne pas aller trop loin, quelques pas dans le jardin lui avait alors paru une excellente idée. Sous peu, elle lui demanderait si elle pouvait à nouveau monter sa Tornade, le plaisir des balades à cheval lui manquait que trop. Le soleil brillait haut dans ce ciel sans nuage, l’air était lourd du parfum des fleurs en pleine éclosion, embaumant tout de leurs effluves sucrées. Un chêne bienveillant l’abrita des rayons ardents alors qu’elle y trouvait refuge sur un banc habilement dissimulé au milieu dans son écrin de verdure. Ce lieu était son sanctuaire, son havre de paix au milieu de la tumulte. La flamboyante rouquine avait la tête ailleurs, loin, très loin des frontières et un jeune homme qu’elle n’avait jamais rencontré, accaparaient celles-ci. Ezequiel Alejandro Joaquin. Trois prénoms pour une seule personne, trois prénoms qui l’intriguaient, trois prénoms qu’elle se plaisait à murmurer lorsqu’elle était seule.

La jolie rousse s’expliquait mal pourquoi elle était ébranlée par ses parchemins qu’elle recevait, elle ne l’avait pourtant jamais vu mais ses mots la charmaient indéniablement. Jade se trouvait idiote d’éprouver de telles émotions mais lutter ne donnerait rien, le vent la poussait dans une direction qui l’étonnait mais pour une fois dans sa vie, elle ne voulait pas contrôler chaque minute de son destin et acceptait les doutes avec sérénité.


Votre Grâce ?

La Duchesse n’avait pas entendu le serviteur arriver près d’elle. Il se releva après s’être incliné, lui tendant un parchemin

Je vous avais dit que je ne souhaitais pas être dérangée…

Ceci vient de votre faucon, Votre Grâce

Le ton agacé s’adoucit immédiatement, il lui écrivait ! Fébrilement, elle s’empara du document que ses doigts s’empressèrent de dérouler alors que le serviteur disposait. À la lecture, elle sentit son cœur étrangement battre plus vite. Jade lut tout d’un trait, trop hâtive, sautant les mots puis ferma les yeux, ravie. Il brûlait pour elle, son cœur était conquis… Elle se l’imaginait à peine, n’arrivant pas à assimiler le tout. Ses yeux se posèrent à nouveau sur la lettre, s’attardant sur chaque mot, chaque sens, se laissant porter par la musique de ses paroles, imaginant la voix, l’accent chaud espagnol… Elle se leva et distraitement refit le trajet jusqu’à sa chambre, pressée de donner une réponse.


Citation :
De Nous, Jade de Sparte,

À Vous, Ezequiel Alejandro Joaquin d’Avila de los Caballeros

Querido señor de Ávila

Votre missive m’est parvenue alors que j’étais au jardin, le médicastre me permettant de faire quelques pas pour finir de me rétablir entièrement… à cette nouvelle, peut-être que votre dextre sera plus assurée désormais ?

À nouveau vos paroles me touchent… mais je vais différer les émotions suscitées pour la fin de de ma lettre tant je redoute oublier ce que j’aimerais vous dire. Vous me demandez si je sais jouer d’un instrument, comme bon nombre de damoiselles nobles, j’ai appris la harpe dans ma jeunesse. Je dois toutefois avouer que les lourdes charges qui m’incombent depuis mes 15 ans ont fait que je n’y malheureusement plus touché et je crains de ne rendre justice à la musique faute de pratique.

J’ignorais que vous aviez une sœur mais en vous entendant narrer ce fait, je vous imagine fort bien dans le rôle du grand frère protecteur, du fils aimant, votre sens du devoir vous honore et vous devez être fier de ce que vous avez fait. Je comprends ce qu’est de devoir mûrir plus rapidement pour faire face aux responsabilités.

Je ne vous écrirai pas ce terrible événement qui a failli me faire perdre la vie, je crains votre réaction si je ne suis pas près de vous, aussi, je ne le ferai qu’en votre présence et uniquement si vous tenez à connaître la vérité.

Si la jalousie vous a dévoré en lisant que j’avais eu un prétendant, j’ai éprouvé un pincement au cœur en vous entendant dire que vous aviez aimé… que vous aviez crû mourir de chagrin pour une autre. Comment pourrais-je vous blâmer lorsque je suis aussi fautive d’éprouver pareil sentiment ?

Mais comment vous expliquer ma précipitation à retourner à mon cabinet de travail pour vous répondre dans l’heure ? Comment justifier cette émotion qui me tenaille et me pousse à la hâte ? Comment puis-je par la raison comprendre cette correspondance folle qui nous unit ? J’ai un jour entendu dire que l’amour ne regardait pas avec les yeux mais l’esprit *, ce pourrait-il être la seule explication plausible ? Car en lisant que vous m’aimiez, je ne pouvais m’attarder plus longtemps, je me devais de vous répondre.

Mes yeux parcours vos mots, en ressentant le moindre sentiment qui s’en dégage et pourtant… j’ai peine à réaliser l’émoi que je vous inflige. Comment ma seule plume a-t-elle pu conquérir votre cœur ? Réalisez-vous seulement ce que votre déclaration a déclenché chez moi ? J’éprouve des émotions si diverses et paradoxales à la fois en ce moment qu’il m’est difficile de me livrer, toutefois je vais tenter au mieux, pardonnez-moi à l’avance la confusion qui pourrait émaner de mes écrits.

Lorsque mes émotions dominent ma raison, j’éprouve de vives inquiétudes, tout mon être est alors en alerte et j’éprouve le besoin impérieux de fuir. Normal direz-vous ? Bien sûr mais je parviens souvent à me dominer et reprendre le contrôle de ma pensée. Toutefois, vos lettres ne m’offrent aucun répit, l’une après l’autre, elles me troublent davantage. Pourquoi provoquez-vous cette agitation en moi ? Quand je vous lis, je vous devine et j’ai l’impression qu’il en est de même pour vous ! Nos esprits seraient-ils donc ainsi liés ? Ce sentiment étrange jamais ne me quitte et je vous imagine, perdu dans vos pensées, sur votre minorquin, celles-ci rivées sur moi… oh oui je le sens bien. Mais autant je peux être troublée, autant je me laisse porter par ces émotions, les acceptant avec sérénité comme si mon destin se dessinait sous mes yeux ébahis.

Vous m’intriguez et me fascinez, oui, vous, Ezequiel Alejandro Joaquin ! Trois magnifiques prénoms qui témoignent non seulement du goût de votre mère mais vous confèrent aussi par ceux-ci une prestance que vous dégagez dans vos écrits. Vous vous demandez si je les prononce ? Je réponds par l’affirmative. Mes lèvres les murmurent lorsque je suis seule, pensant à vous…. Mon esprit cherche à vous imaginer, y réussira-t-il ? Je vous pressens digne, énergique et volontaire. Vous avez sûrement appris le contrôle de soi mais je me demande si vous avez hérité du tempérament explosif de votre père... Je présume également que vous avait été élevé dans la discipline, le sens du devoir et l’honneur, que la famille et la stabilité sont des valeurs importantes pour vous. Qu’on dit de vous que vous êtes un homme brillant, courtois, affable, que vous possédez à la fois un côté studieux, méthodique et travailleur tout en étant passionné, romantique et un amoureux des arts. Me tromperais-je dans cette brève esquisse ? Oh dites-moi si je vois juste ou si je me trompe !

me encuentre demasiado audaz, pero que usted sabe hacer lo mismo para mí? Dígame lo que le gusta en una mujer... ¡Debo estar loca para escribir una cosa así!

Vous arrivez… voilà tout ce qui m’importe ! Vous arrivez !

Escríbeme pronto por favor!
¡Que Dios te cuide!


La missive fut envoyée alors que l'expéditrice demeurait rêveuse devant la déclaration que venait de lui faire le jeune homme.


* Love looks not with the eyes, but with the mind ― William Shakespeare, A Midsummer Night's Dream

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Ezequiel.A.Joaquin
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MessageSujet: Re: [RP] Qu'Ibère gagne ...    Mar 17 Juil - 1:31

Une mauvaise surprise, transformée bien vite en retrouvailles joyeuses, avait fait prendre un peu de retard à la missive de réponse d'Ezequiel, mais elle fut enfin envoyée, plus longue qu'habituellement, presque pour excuser le délai avec lequel elle allait parvenir à la Duchesse.


Citation :
De Ezequiel Alejandro Joaquin d’Avila de los Caballeros

Para Su Gracia Jade de Sparte,
Duquesa de Pompey, Vittel y Blâmont,
Dama de Autrey-lès-Gray, Baccarat y Châtenois,
Portavoz del Sacro Imperio Romano Germánico


Mi dulce, querida y preciosa adorada,

J’ai souri, dès vos premiers mots ; ce « querido » que vous utilisez depuis déjà quelques lettres me touche, m’émeut et m’honore à un point que vous ne sauriez imaginer ; la joie, également, de rire que vous avez pu sortir au jardin. C’est donc que vous allez mieux, n’est-ce pas ? Une inquiétude me saisit néanmoins ; cultivez-vous des fleurs en vos terres ? Je suppose que oui ; sans doute me prendrez-vous pour fou, ce que je comprendrais, mais… De même que je vais rassurer Marqués, lequel vous bénira sûrement d’un piaffement satisfait pour la fermeté retrouvée de ma main, je me permets de vous demander d’exprimer toute ma sympathie aux fleurs de votre jardin qui, si vous êtes à côté d’elle, doivent paraître bien pales et bien ternes à l’œil d’un visiteur. Vous êtes assurément la plus jolie fleur de Vittel, de l’Empire, du monde tout entier ! Et je gage que votre parfum embaume plus l’espace qu’un million de pétales des plus douces fragrances réunis.

Je ne suis pas surpris que vous sachiez jouer de la harpe ; le jeu en est délicat, subtil, et la musique, aérienne, légère, un vrai ravissement. Autant d’adjectifs qui pourraient vous qualifier, bien que la liste s’en trouverait alors bien peu exhaustive. Encore une fois, vous m’impressionnez de savoir, vous me charmez de science, vous me faites fondre de ce que de surcroît, vous maîtrisez les arts. Divine enchanteresse, les Dieux païens même vous doivent tout ! N’êtes-vous pas maîtresse d’Apollon, tant vous illuminez de beauté, de lumière, tout en maîtrisant arts et lettres ; d’Athéna, tant vous êtes sage et pleine de savoir ? D’Aphrodite, tant vous me semblez inonder d’amour, de beauté et de fécondité ; Asclépios vous demande-t-il conseil ? Vous me semblez baume et médecine apaisante à tous mes maux ! Eos vous jalouse, j’en suis certain ; vous, bien plus que l’aube, annoncez la naissance de chacun de mes jours. Et Hélios ! Vous a-t-il espionnée, dites-moi ; le Soleil et la lumière, et Eole, le vente, et Déméter les cultures… Cela me semble être vous, et le paysage de votre silhouette ! Parfait mariage d’Artémis et d’Eros, vous m’avez atteint d’une flèche douce en plein cœur, et me voilà, simple mortel, tout transi de vous ! Et que dire de ces hommes-là : Héphaïstos, qui a certainement puisé dans votre courage et votre force, le feu et les volcans ! Poseïdon… s’est-il noyé dans la mer de vos yeux, pour avoir voulu devenir Dieu des eaux ? Zeus lui, aurait-il imité votre fougue, pour créer la foudre ? Je sais à quel point vous êtes divine et je rêve de vous voir incarner tour à tour tous ces rôles, ainsi que ceux d’Hestia et d’Héra… Oserais-je écrire pourquoi, quand je sais que vous comprendrez ? Il m’apparaît qu’à part vous, le monde est peuplé de Perséphones, tant vous seule êtes mon Paradis ! Oui, mon adorée, l’Enfer… C’est les autres.*

En parlant d’autres qui sont des enfers, figurez-vous que j’ai retrouvé ma sœur, qui ne devait pas être du voyage, déguisée en servante parmi mes gens. Je crois qu’encore un peu, et je l’étranglais tant elle a eu d’inconscience par rapport aux dangers d’un tel voyage incognito, mais son sourire m’a fait fondre ; elle ne voulait être séparée de moi par trop de lieues, le petit ange. Je dis « ange », mais elle a un tempérament de feu ; je crois que c’est bien elle, qui a davantage le caractère de notre père. J’ai hérité, je crois, de ses compétences en commerce, et au combat. Je suis un homme d’armes, indubitablement ; mais j’ai sa tendresse, aussi, et son grand cœur. Son côté impitoyable, quand on s’en prend aux siens, à ses proches, à sa famille, aux gens auxquels il tient. Je n’ai aucun scrupule, alors, à blesser, atteindre, à toucher.

Vous avez raison lorsque vous dites que je serais par trop bouleversé, sans doute, du récit que vous me feriez de cet épisode-là qui a une fois de plus assombri votre ciel. Attendons donc que je sois là : un jour encore, et je serai près de vous. J’ai souri, ma douce Grâcieuse, j’ai tant souri, j’en ai embrassé le parchemin, à la lecture de votre précipitation ; savez-vous que je fais preuve de la même célérité pour rejoindre mon nécessaire à écrire, chaque fois que je reçois réponse de votre part ? Je me retiens, je réfrène mes envies de vous envoyer quelque pli, à chaque heure du jour ou de la nuit, tant vous habitez mes songes ; à cela, je ne résiste que de me dire que cela ne ferait qu’allonger le voyage, et les heures me séparant de vous !

Je suis certain que, comme vous l’affirmez, nos esprits sont liés par quelque chose qui dépasse la raison, et l’entendement ; mon cœur a cédé, perdu la bagarre, flanché, dompté qu’il fut par vos mots, par ce que je devine de votre sentiment à l’écriture ; là, votre trait est plus allongé : c’est que votre main fut plus preste ; là, elle est plus alanguie, sans doute avez-vous cherché votre mot une seconde, la plume suspendue au dessus du vélin. Je me plais à imaginer la moue que vous avez faite alors, et je souris, oh Déos que je souris, attendri que je suis de songer à vous, encore et encore !

Le Très-Haut m’est témoin que chaque fois que je vous lis utiliser mes prénoms tous ensemble, oui, Lui qui sait, Lui qui sent toutes choses m’est témoin que j’en tressaille jusqu’aux tréfonds de mon âme, foudroyé d’émotion. Comme je vous aime, précieuse Jade, comme je suis pour vous terre conquise et par déjà dévouée, comme je m’avoue séduit et soumis à votre volonté la plus simple ! Savoir que vos lèvres laissent échapper mon prénom lorsque vous êtes dans la tranquille solitude de quelque répit m’ébranle, et j’ose écrire que ma main en tremble presque de l’émoi qui me prend encore à l’imaginer. Il me semble, ma douce amie, que le vôtre s’est posé sur la pulpe des miennes, et qu’il ne s’en envolera jamais, à mon plus grand plaisir.

Vous ne vous trompez pas, je crois, sur ce que vous imaginez de moi ; ces adjectifs-là ont déjà été utilisés par certains de mes proches. Je ne saurais cependant être formel, je suis humble et ne serais pas objectif pour me décrire moi-même, je laisse à vos bons soins le loisir de m’étudier, comme je ne saurais, les yeux rivés à vous, songer même que j’existe encore, tout obnubilé que je serai à vous !

Approchez ce vélin d’une chandelle, elle pourrait révéler quelque petite pensée tendre vous étant seule destinée, qui sait…

J’arrive, oui, j’arrive ! Quelques heures encore, et je suis à vous, tout entier ! Cœur, et âme.

Dans l’attente de vous croiser enfin, recevez, Mi dulce, querida y preciosa adorada, mes plus respectueux et tendres hommages.


Votre obligé,




P.S. : ¡Me gustó su tuteo; utilícelo de nuevo, sin vacilación, le ruego !

*A l’encre sympathique, est alors inscrit :*

« Usted no es loca. Para responder a su cuestión... Lo que me gusta en una mujer, es que se le parece. ¡ Le quiero, locamente, apasionadamente! Le devuelvo la cuestión, Jade. »




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MessageSujet: Re: [RP] Qu'Ibère gagne ...    Mar 17 Juil - 2:51

La jeune mère venait de sortir de la nursery, ses anges s'étaient endormis et après leur avoir donné un doux baiser à chacun, qu'un serviteur lui remettait un parchemin dont elle reconnut le sceau. Jade se retira dans la bibliothèque pour s'isoler dans sa lecture, s'y plongeant entièrement. Dès la première ligne, son coeur fit un bond en sa poitrine... Mi dulce, querida y preciosa adorada... le ton avait changé, plus intime... il démontrait son inclinaison de manière vive.

Jade s'était arrêté à cette unique ligne, bouleversée, alors que la lettre était déjà longue. Il la complimentait avec tant d'ardeur que la tête lui tournait, son sang battait contre ses tempes, l'émotion lui compressait la poitrine et par le moment où la lectrice lisait les lignes "les heures me séparant de vous ", elle dû s'arrêter. Sa main se posa contre sa bouche, retenant des mots, des sons qu'elle tentait de dominer. Tout... tout ce qu'il lui écrivait la bouleversait, il lisait en son âme aussi sûrement que si elle avait été de verre mais il ne l'avait jamais vue ! Son éventail fut mis à contribution pour calmer l'émoi qui la gagnait à la lecture. À peine calmée, la Sparte reprit le parchemin alors que ses yeux s'embuaient à certains passages, les battements de son coeur toujours hors de son contrôle.

Elle parvint à la fin avec pour unique envie de relire mais la curiosité l'emporta et Jade approcha le vélin d'une chandelle pour y découvrir un message secret... Se sentant fébrile pour en déchiffrer les mots. Son souffle se fit soudain plus rapide et saccadé en réalisant la nature du message... il était amoureux fou d'elle...

Son coeur ne semblait pas vouloir reprendre son rythme normal et la jeune femme s'éventa un peu plus, tentant de reprendre difficilement ses sens. Il arrivait... il arrivait !!!

Sortant précipitamment de la bibliothèque, la Duchesse monta les marches à la volée en appelant sa servante


Rothrude ! Rothrude ! Vite !

La domestique s'inclina, se demandant ce qu'avait sa maîtrese alors que celle-ci continuait, totalement sous le coup de l'émotion

Un bain ! Tu me prépare un bain ! Il arrive !

La servante s'exécuta sans un mot, ne comprenant pas pourquoi la Duchesse voulait à nouveau un bain alors qu'elle s'était baigné le matin même ! Encore une lubie de nobles sûrement !

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